Présentation de l’Observatoire du trait de côte manchois
L’Observatoire du trait de côte manchois (OTCM) est un outil opérationnel partenarial déployé conjointement par le Département de la Manche, acteur engagé depuis 1991 dans un suivi géomorphologique du trait de côte et des plages manchoises, et l’État, qui au travers la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de la Manche, assure depuis 2018 des suivis par drone de sites sensibles à l’érosion côtière.
Un partenariat au service de la connaissance du littoral
Alors qu’un réseau départemental de suivi du littoral manchois a été initié en 1991 et qu’une dynamique partenariale informelle existe de longue date entre le Département et l’État, ces derniers se sont accordés en 2026 sur la pertinence de se mobiliser conjointement pour déployer officiellement l’Observatoire du trait de côte manchois (OTCM).
Une convention de partenariat (2026-2029) a été signée le 25 juin 2026, pour affirmer cette volonté de travailler conjointement à la production et au maintien d’un niveau de connaissances fort sur les évolutions de la bande côtière manchoise, et ainsi de contribuer à l’émergence d’une interface structurée au niveau départemental entre différentes sources de données, et différents dispositifs de suivi du trait de côte.
L’observatoire du trait de côte manchois bénéficie en outre d’une collaboration scientifique entre le Département et le Cnam-Intechmer, qui au travers le projet MoCôManche (2024-2027), mène une étude sur la mobilité du trait de côte manchois, au travers la mise en place de sites ateliers et le co-développement de l’Observatoire citoyen du littoral manchois.
L’OTCM et ses partenaires, sont également membres du Réseau national des observatoires du trait de côte (RNOTC).
Missions de l’Observatoire
Observer et étudier
L’Observatoire mobilise un réseau de mesures et d’observations, pour suivre et analyser les dynamiques d’évolution du littoral manchois (érosion côtière et recul du trait de côte, processus d’évolution côtière, gestion des stocks sédimentaires sur les plages, dimensionnement et suivi de travaux…), évaluer les risques littoraux liés au recul du trait de côte et à la submersion marine, et enfin mesurer les effets de tempêtes. Dans le cadre de l’Observatoire, l’État et le Département contribuent à la production, la bancarisation et la mutualisation de données morpho-sédimentaires sur le littoral manchois.
Comprendre et accompagner
L’Observatoire vise la consolidation d’un savoir-faire scientifique et technique, permettant de préciser le fonctionnement par cellule hydrosédimentaire ou secteur homogène, des dynamiques transversales et longitudinales de transports sédimentaires, au bénéfice des collectivités littorales et les décideurs pour aider à la décision et à la gestion de l’environnement du littoral manchois.
Partager et valoriser
L’Observatoire a vocation à partager et valoriser les données morpho-sédimentaires sur le littoral manchois. Dans ce cadre, l’État et le Département diffusent les données produites, auprès des collectivités et leurs groupements, de la communauté scientifique, du grand public et d’organismes d’éducation à l’environnement, dans un objectif d’aide à la décision pour l’ingénierie des projets d’aménagement et de gestion du littoral, mais aussi de sensibilisation aux mutations des espaces littoraux dans un contexte de dérèglement climatique.
Historique de l’Observatoire
L’érosion du trait de côte observée après une période particulièrement tempétueuse dans le milieu des « années 1980 » a incité le Département de la Manche à initier un réseau de suivi des changements topographiques le long des secteurs de côtes basses sableuses du département.
Dès 1991, le Département de la Manche a mis en place un partenariat avec l’Université de Caen-Normandie qui a perdurer jusqu’en 2021, afin de suivre l’évolution des plages et du trait de côte manchois et ainsi apprécier les zones sensibles à l’érosion, mais aussi étudier la circulation des sédiments sur nos côtes.
Ce réseau départemental de suivi du littoral manchois, a concerné l’ensemble des côtes de la baie des Veys à la baie du Mont-Saint-Michel, et a débuté :
- en 1991 sur la côte ouest du Cotentin entre le cap de Carteret et le bec d’Andaine
- en 1996 sur la côte Est, Nord-Est et Nord Cotentin d’Utah-beach à Urville-Nacqueville
- en 1997 sur la côte Nord-Ouest du Cotentin entre le cap de Carteret et Vauville
S »inscrivant dans la continuité du réseau départemental de suivi, l’Observatoire du trait de côte manchois est probablement le plus ancien de France, avec plus de 35 années de données sur une grande partie linéaire côtier sableux du département. Il possède également la plus grande résolution temporelle avec en moyenne, deux relevés par an et même trois sur les deux premières décennies.

Les bornes de suivi
Dès l’origine, un réseau de repères en bois a été mis en place sur les hautes plages du département, au droit de 156 stations réparties sur 55 communes littorales, afin de mesurer :
- l’évolution altimétrique des plages à partir de la comparaison de profils de plage et de mesures de variations ponctuelles du niveau de sable à la base des bornes placées sur les hautes plages
- l’évolution planimétrique du trait de côte matérialisé, en fonction de la tendance évolutive, par une limite de la végétation vivace ou une microfalaise dunaire d’érosion

Les finalités de l’Observatoire
Le suivi de l’évolution du trait de côte manchois a plusieurs finalités :
- Mesurer la vulnérabilité du littoral vis-à-vis des risques littoraux (érosion côtière et submersion marine)
- Mieux prévoir les évolutions futures du trait de côte au regard des évolutions passées. Il convient notamment de suivre ces évolutions pour ajuster le degré de vulnérabilité de certaines zones menacées ou qui pourraient l’être dans le futur.
- Suivre de manière objective les impacts (positifs ou négatifs) des ouvrages de protection
- Affiner l’évolution du volume des stocks sédimentaires côtiers au regard des effets des tempêtes, et sachant que le stock sableux diminue régulièrement, avec la mise en évidence de pertes de matériaux vers l’intérieur des havres, au niveau des deltas de marée et des flèches sableuses
- Ajuster les hypothèses d’évolution prévisionnelle du trait de côte
- Lutter contre le scepticisme vis-à-vis des évolutions du littoral
Il constitue un outil d’aide à la décision essentiel pour les porteurs de projets de gestion du littoral.



Les mesures
A l’origine, le suivi de l’évolution du trait de côte et de l’évolution altimétrique du haut estran, s’effectuait en parallèle du suivi topométrique de profil de la plage réalisé au droit des 156 stations « historiques ». Au moins deux levés sont nécessaires annuellement pour apprécier les fluctuations saisonnières de l’évolution de la côte, mais aussi pour disposer d’une information suffisante pour analyser des tendances évolutives à l’échelle de plusieurs années. Ces levés sont réalisés préférentiellement après les marées de vives eaux, à l’automne et en sortie d’hiver, et peuvent être également menés en début d’été. En cas de tempêtes exceptionnelles, des levés ponctuels peuvent également être effectués pour en mesurer les impacts.
Plusieurs méthodes d’acquisition de données ont été déployés depuis le lancement de l’Observatoire en 1991 :
- De 1991 à septembre 2009, les mesures étaient réalisées par des moyens terrestres à l’aide de théodolithe ou d’un distancemètre optique pour les levés topographiques, mais également à l’aide d’un système de positionnement GPS de précision centimétrique pour un certain nombre de stations. Les profils suivis étaient réalisés à marée basse pour couvrir une grande partie de l’estran, à l’aide d’un quad, alors que les profils de dunes étaient réalisés à pied.
- De septembre 2009 à octobre 2021, le suivi de la topographie des plages et de l’évolution du trait de côte a été réalisé grâce à un avion équipé d’un LiDAR, à savoir un laser qui scanne le sol, calcule la position et l’altitude des points mesurés, et permet d’obtenir une vision en trois dimensions de la surface du sol. Des campagnes de mesures spécifiques ont été réalisées par l’Université de Caen et les données LiDAR produites tous les 3 ans à partir de 2016 par le Réseau d’Observation du Littoral (ROL) de Normandie et des Hauts-de-France ont également été valorisées. En parallèle, l’État a commencé en 2018, à réaliser des observations au GPS de précision centimétrique, ainsi qu’au moyen d’un drone, sur un certain nombre de sites vulnérables à l’érosion côtière.
- Depuis 2023, l’observation du littoral du département de la Manche repose sur la combinaison d’acquisitions de données par moyens terrestres sur l’ensemble des 156 stations, à l’aide d’un système de positionnement GPS de précision centimétrique, mais aussi par des moyens aéroportés sur une quarantaine de sites sensibles à l’érosion (suivis en coordination par les trois partenaires), à l’aide de drones équipés d’une sonde LiDAR et/ou d’une caméra dotée de très hautes performances, destinée à la photogrammétrie et qui permet de reconstituer le relief d’une zone à partir de différents de points de vue.
Le Département contribue au Réseau d’Observation du Littoral (ROL) de Normandie et des Hauts-de-France qui assure le lien entre les différentes démarches sectorielles d’observation du littoral, aux échelles locales comme régionales.